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Les tours de guet médiévales du Var

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Les tours de guet médiévales du Var Audioguide Historique

A l'aide de signaux visuels ou sonores, l'homme a toujours tenté de vaincre les distances et de mettre en place une transmission rapide de l'information. Dans le sud de la France, il existe ainsi des tours de pierre qui ont assuré cette mission. Ces vigies appelées tours à signaux sont connues depuis l'époque romaine. Ce sont sans doute les légions de Jules César qui les installent à leur arrivée en Gaule du sud. Ces petits bâtiments de guets sont ensuite améliorés par Charlemagne et ses successeurs. De longs relais de tours à signaux voient le jour en Provence, Languedoc, Roussillon, Périgord ou encore en Corse.

Ces vigies sont bâties sur des points stratégiques : crêtes, pics, cols pour être vues de loin et pouvoir communiquer entre elles. Leur architecture est souvent commune d'une région à l'autre. Ces tours de guets sont cylindriques protégées par des murs de pierre épais. Leur hauteur varie de 8 à 12 mètres environ et leurs murs sont percés de petites fenêtres qui suivent l'escalier intérieur en colimaçon qui monte à l'étage. Sur le haut de la tour, une cage en fer ou parfois un petit bati de pierre, entoure un feu qui sommeille et pourra être ravivé. En effet, ces tours communiquent à l'aide de flammes la nuit ou de fumée le jour. Elles ne doivent pas être trop éloignées les unes des autres et la distance qui les sépare va en général de 4 à 8 km. Ces vigies sont habitées en permanence et les guetteurs qui se relaient ont interdiction de se faire remplacer par quelqu'un qui n'est pas habilité. Ils ne doivent pas s'absenter et ont pour obligation de communiquer tous les soirs avec les tours voisines. La principale contrainte de ces vigies de pierre est leur alimentation en bois qui se fait à dos d'homme ou de mulet en provenance des vallées environnantes. Un grand nombre de ces tours est parvenu jusqu'à nous. Sur les côtes du Var, du cap de l'Aigle à Saint-Raphaël, de nombreuses tours à signaux ont pour mission d'avertir les châteaux de l'arrivée de galères ennemies.

Lorsqu'on parcourt les archives anciennes des villes de la côte provençale, on est surpris du rôle qu'à joué dans la vie d'autrefois la hantise des pirates barbaresques, et notamment au XVIe et XVIIe siècle. Il faut dire que la piraterie a existé de tous les temps dans la Méditerranée Occidentale et que tous les riverains (Catalans, Génois et même Provençaux) l'ont pratiquée. Mais, à partir du début du XVIe siècle, c'est l'Afrique du Nord qui est devenue son principal centre. On appelait alors cette région la "Barbarie" ce qui est une déformation du nom des Berbères, de là le nom de "Barbaresques" pour désigner les habitants. Au début du XVIe siècle, des corsaires célèbres, qu'on appelait en Occident les frères Barberousse s'étaient installées à Alger où ils avaient instauré la domination turque. Dès lors, la piraterie devint la véritable industrie de la région. Les centres principaux étaient Alger, Tunis et Tripoli. A Alger, il se constitua ainsi une véritable oligarchie de riches amateurs qui se livraient à la piraterie. Ils possédaient des flottilles importantes composées de galères légères et rapides, comprenant souvent vingt bancs de rameurs (soit deux cents rameurs). Cette piraterie visait tout d'abord la capture des cargaisons de navires marchands. En effet, il existait à l'époque un trafic commercial très important entre les ports de l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord et le Levant.

Mais, le but principal des pirates était de se procurer les esclaves qui leur étaient indispensables pour la "chiourme" de leurs galères. C'est ainsi qu'à Alger, au XVIe et au XVIIe siècle, il y avait une population de 25 000 à 30 000 esclaves. Les pirates se procuraient ces esclaves d'abord lors de l'attaque des bateaux marchands mais aussi et surtout par des razzias à terre : c'est ce qui semait l'effroi parmi les populations côtières. Sur les côtes provençales, les inquiétudes commençaient avec le début du printemps. En effet, les galères barbaresques qui étaient rapides mais légères et basses sur l'eau, ne pouvaient pas affronter les gros temps de l'hiver. Elles naviguaient seulement, de la lune d'avril à la lune d'octobre. C'est ainsi qu'à partir d'avril, les expéditions partaient chasser l'esclave, comme dans les autres pays on part à la pêche à la morue ou à la sardine. Pour prévenir le danger, un système de guet était organisé, au moins depuis le XIVe siècle. Il consistait dans une série de postes de guet établis depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à la Turbie, et pouvant communiquer entre eux à vue. Lorsqu'un poste apercevait une galère suspecte, il la signalait dans la journée, ce signal était donné au moyen d'un feu de bois vert destiné à produire de la fumée, et la nuit, par un feu de bois sec qui produisait une flamme. Dès que le poste voisin apercevait ce signal, il allumait son feu et ainsi de poste en poste. C'est de cette façon, qu'en une demi-heure, le signal se transmettait de la Turbie au Rhône. Lorsque l'alarme était donnée, chacun s'efforçait de se mettre à l'abri : les pêcheurs de l'endroit rentraient au port et les paysans épars dans la campagne regagnaient à la hâte leur ville ou leur village.

Car, c'était la grande terreur des population côtières : être un jour esclave en Barbarie... Ce danger a existé jusqu'au début du XIXe siècle et c'est seulement après la prise d'Alger en 1830 que la piraterie a pris fin. En entrant à Alger, les troupes françaises ont encore trouvé plusieurs centaines d'esclaves dont un Toulonnais qui était en captivité depuis 28 ans.

Après la destruction de Toulon par les Sarrasins en 1178, le comte de Provence, l'empereur et le pape décident de confier la protection de toute la côte de Provence, aux Templiers. Le golfe de Saint-Tropez demeure une entité et la basse de surveillance est implantée à Cogolin où se trouve leur château (dont il ne reste que la porte à herse transformée en horloge).

La tache n'est pas aisée le relief du massif des Maures et de l'Esterel compliquent les communications à vue. Pour transmettre une alerte dans le golfe de Saint-tropez, la tour du château du Revest le signalait à Fréjus. De Fréjus et Saint-Raphaël, la tour de la grotte de Saint-Honorat avertissait le monastère des îles de Lérins qui informait la tour Suquet de Cannes. C'est ainsi qu'était transmise la signalisation de la présence de bateaux corsaires : par la fumée le jour et des feux la nuit.

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